La Vogue des réceptions funéraires arrive en France

Obsèques, des entreprises d'aide aux familles endeuillées se créent sur le modèle américain.

Le buffet est superbe. Petits fours, mignardises, champagne, argenterie, maitres d'hôtel... Rien ne manque à cette réception de quatre-vingt personnes, pas même la vue sur la tour Eiffel. Seule étrangeté : les tentes blanches abritant les convives sont installées au milieu des tombes et caveaux des cimetières de Passy, à Paris.

Inspirées des Etats-Unis en particulier et des pays protestants en général, ces « réceptions funéraires » commencent à arriver en France. De la même manière qu'il existe des « wedding planners » qui organisent les mariages de A à Z, des « funeral planners » voient le jour pour orchestrer les obsèques et soulager les familles de ces pénibles instances.

Cette activité se limite pour l'instant en France à l'organisation de la réception-hommage. A l'heure de l'éclatement géographique des familles, elle a vocation à rassembler parents et amis autour d'un gouter, cocktail ou même diner, afin « de prendre le temps de dire au revoir au défunt », explique Anne Géron, fondatrice de Hommage, née en 2004, première société du genre en France. Pour la jeune femme, qui a connu de nombreux deuils dans son entourage, rien n'est plus « violent » que de « se quitter sans transition, vite fait, après le cimetière ». A partir de quinze euros par personnes, ces accompagnements sur-mesure varient : soirée intime autour de chants gospels et de photos souvenirs, funérailles en calèche avec réception de luxe... Sur la trentaine d'interventions réalisées, les facturations sont allées de 2500 euros à plus de 10 000 euros. Une petite entreprise qui ne connait pas la crise puisqu'elle table sur une croissance de 50% de son activité cette année par rapport à 2005.

De quoi donner des idées aux autres. Comme à Elisabeth Casasus, qui vient tout juste de monter Hamadryades, à Toulouse. « S'il y a des réponses funéraires à la mort, autrement dit pragmatiques, il n'y a pas encore de réponse adaptée au deuil, constate t'elle. Les réceptions-hommages sont un premier pas dans l'accompagnement aux familles ».

Bien qu'encore largement tabou, ce concept jouirait « d'un potentiel et d'une demande réels, même s'ils s'expriment encore peu » selon elle. Un avis que partage Olivier Géhin, rédacteur en chef de Funéraire magazine. « Dans l'idée des gens, tarifer une prestation d'assistance humaine dans le temps du décès, cela reste malheureusement du mauvais argent, observe ce spécialiste. Mais avec le développement des services à la personne, les mutations de l'activité funéraire sont en marche, ce qui est une bonne chose, aussi pour la profession que pour les familles ».

Jean-Pierre Sirugue, président de la compagnie d'assistance de Vœu funéraire assistance, est lui aussi persuadé que « le service client ante et post mortem va profondément changer d'ici aux cinq à dix ans à venir ». Un signe ne trompe pas : une licence universitaire de gestion et conseil des situations de deuil vient d'être créée à Paris-V.